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ROGER DUCHÊNE, SPÉCIALISTE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DU XVIIE SIÈCLE






L'universitaire Roger Duchêne, spécialiste de la littérature française du XVIIe siècle, est mort mardi 25 avril à Marseille, des suites d'un cancer. Il avait 76 ans.

    Né le 3 février 1930 à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), le jeune professeur a tout d'abord enseigné au lycée de Bourg-en-Bresse, avant de rejoindre le lycée Thiers de Marseille, de 1955 à 1959. Il est ensuite chargé de cours à l'université de Provence, puis professeur en 1970, et professeur émérite en 1990.

    Ses premiers travaux universitaires furent consacrés à Madame de Sévigné, objet de sa thèse (Madame de Sévigné et l'amour maternel), soutenue en 1969. Il dirigea ensuite l'édition de sa Correspondance dans la Bibliothèque de la Pléiade (trois volumes parus de 1972 à 1978), avant d'être l'auteur d'une imposante biographie de la femme de lettres (Fayard, 1982). Il continua dans la même veine en faisant le portrait de Ninon de Lenclos et de Madame de La Fayette (Fayard, 1984 et 1988), puis en s'attaquant de manière érudite et originale à une autre figure du Grand siècle : Jean de la Fontaine.

    Fondateur, en 1971, du Centre méridional de rencontres sur le XVIIe siècle (CMR 17), dont il fut président d'honneur après en avoir été le président jusqu'en 1998, Roger Duchêne consacra également de nombreux travaux à sa terre d'adoption : la Provence. A partir de 1969, il collabora régulièrement pour la presse locale, notamment Le Provençal et Les Nouvelles Affiches de Marseille.

    En 1982, il publia Et la Provence devint française (éd. Mazarine), étude historique des rapports de la région avec le pouvoir central, du VIe siècle à la Révolution. Cet ouvrage fut republié au sein d'une Histoire de la région Provence-Alpes-côte d'Azur (Fayard, 1986), dont le dernier volume, Naissance d'une région (1945-1986), peut être considéré comme la première étude, sur un cas particulier, de la régionalisation. Directeur, de 1990 à 1995, d'une revue intitulée Marseille, il publia également Marseille, 2 600 ans d'histoire (en collaboration avec Jean Contrucci, Fayard, 1998).

    Parallèlement à ces travaux, l'universitaire s'attaqua aux biographies de deux monuments de la littérature française. En 1994, il se risquait à sortir du XVIIe siècle en écrivant L'Impossible Marcel Proust (éd. Robert Laffont), portrait sans indulgence de l'auteur d'A la Recherche du temps perdu.

    Puis, en 1998, il publia un plus consensuel Molière, récompensé par le Grand Prix de la biographie littéraire de l'Académie française (Fayard, réédité en 2006). Revenu au XVIIe siècle, sa période de prédilection, il fut récompensé du Grand prix de l'essai de la Société des gens de lettres pour Les Précieuses ou comment l'esprit vint aux femmes (Fayard, 2001), avant de publier Être femme au temps de Louis XIV (Perrin, 2004).

    Quelques jours avant de disparaître, Roger Duchêne venait de terminer un dernier ouvrage, Comme une lettre à la poste (Fayard), dans lequel il retraçait le moment où la lettre cessa d'être le privilège des savants, et s'ouvrit aux cercles mondains et aux femmes, devenant ainsi un authentique moyen de communication.

    Jérôme Gautheret

    Article paru dans l'édition du journal Le Monde du 29.04.06.