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MME DE LAFAYETTE, OEUVRES COMPLÈTES






Présentation. Voici la première édition complète de l'oeuvre de Mme de La Fayette. On y a en effet réuni, pour la première fois, ses romans, ses biographies et portraits, ses lettres conservées. On les a présentés dans l'ordre chronologique de leur publication. Oeuvre presque entièrement anonyme : seul le portrait de Mme de Sévigné a paru signé. Oeuvre largement posthume : toutes les lettres, mais aussi La Comtesse de Tende et La Vie d'Henriette d'Angleterre, ont été publiées après la mort de leur auteur. Oeuvre au contour incertain : au fil du temps, on lui a attribué de plus en plus de textes, d'ordinaire sans bonnes raisons. On en trouvera ici les titres et, en appendice, les Mémoires de la Cour de France, arbitrairement publiés en 1731 comme étant de Mme de La Fayette et toujours édités depuis sous son nom.
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    Une notice, en tête de chaque oeuvre, précise les conditions de sa parution, les raisons de l'attribuer à Mme de La Fayette, la façon dont le texte en a été établi. Des documents, à la suite des textes, complètent les notes et variantes.

    Conformément à l'usage, nous avons modernisé la ponctuation et l'orthographe. Il arrive souvent au XVIIe siècle qu'un verbe soit laissé au singulier malgré plusieurs, sujets, perçus comme une globalité. Nous n'avons pas cru devoir rétablir le pluriel.
    
    Lettres
    Au commencement était Ménage... Quand Marie Madeleine Pioche de La Vergne l'a connu, il avait trente huit ans ; elle, dix sept. Il avait de quoi plaire aux dames. La gravure qui figure en tête de la plus belle édition de ses poèmes le montre vers ce temps là en petite soutane (c'était un abbé, mais il n'était pas prêtre), le visage grave, le regard profond et les traits fins : une sorte de beau ténébreux. On le craignait pour son esprit. Il était, disait on, de "ceux qui perdraient plutôt un ami qu'un bon mot", fidèle pourtant, et dévoué à ceux qu'il aimait. Savant philologue, il venait de publier un Dictionnaire étymologique de la langue française (1650). Il appartenait à la sorte d'académie que Gondi, coadjuteur de l'archevêque de Paris (le futur cardinal de Retz), avait constituée au petit archevêché où logeait l'abbé.

    Mlle de La Vergne avait perdu son père en décembre 1649. Le 21 décembre 1650, un an et un jour après l'enterrement, sa mère avait épousé René Renaud de Sévigné, seigneur de Champiré, oncle du mari de la célèbre marquise. Les Sévigné étaient apparentés aux Gondi. René Renaud, qui avait lui aussi logé au petit archevêché, avait amené Ménage rue de Vaugirard, dans la maison bâtie par le père de Marie Madeleine. La jeune fille savait que l'abbé faisait une cour assidue à la marquise de Sévigné, dont le remariage de sa mère lui avait également procuré la connaissance. Il la célébrait en prose et en vers. Elle l'envia. Elle tenta de la supplanter. En août 1652, la marquise se plaint à Ménage, qui lui a, prétend elle, cherché une mauvaise querelle pour se "donner tout entier à Mlle de La Vergne". Honteux de son "injustice", il a promis d'être désormais plus équitable entre les deux amies. Mme de Sévigné avait pour elle l'antériorité de l'amitié (il la connaissait depuis 1644), mais Mlle de La Vergne avait la jeunesse : sept ans de moins. Il va, pendant plus de dix ans, dans tous les sens du terme, être son serviteur... Il le redeviendra de loin (car leurs infirmités les empêchent de se rencontrer et de se revoir), et pour un bref été de la Saint-Martin, à la veille de sa mort, juste avant celle de la comtesse.

    Les lettres de Mme de La Fayette à Ménage sont la seule partie de sa correspondance dont on ait autre chose que des épaves. Elles méritent d'être lues et relues pour comprendre ce qu'a été l'amour tendre, cet amour dit à tort précieux, dont Mlle de Scudéry a fait la théorie, mais que plus d'une grande dame a vécu en compagnie d'un bel esprit qui savait créer autour d'elle le climat de douce affection et d'attention intellectuelle et morale que lui refusait le mariage.

    Commencée en même temps que la connaissance de Ménage, l'amitié de Mme de Sévigné et de Mme de La Fayette ne connut, elle, aucune éclipse. Elles se voyaient quasi quotidiennement. Séparées, elles s'écrivaient. Il n'en reste que quelques lettres, celles que l'éditeur des lettres de Mme de Sévigné a jugé bon de publier parmi celles qu'il avait trouvées au château de Grignan, mêlées à celles de la mère à la fille. Nulle autre lettre de Mme de La Fayette à ses amies n'est conservée, sauf quelques-unes à Mme de Sablé, sa rivale. Nulle lettre à La Rochefoucauld.

    Presque rien non plus ne subsiste de ses lettres à Madame Royale, son amie de jeunesse, devenue régente de Savoie en 1675 : deux ou trois lettres, qui témoignent seulement de la durée et de l'importance de leur correspondance. À défaut, une trentaine de lettres de Mme de La Fayette à Lescheraine, secrétaire de la souveraine, révèlent la nature des missions qui lui étaient confiées. Elle l'informe, elle lui adresse des articles de mode, mais aussi elle défend à Paris la réputation d'une régente qui n'est pas sans faiblesses pour les hommes. Elle intervient parfois dans ses affaires politiques. Nombreuses sont les lettres de Louvois à la comtesse qui le confirment. Mais on n'a pas une seule lettre d'elle au ministre. Malade, enfermée chez elle, Mme de La Fayette savait tout et tirait nombre de ficelles, puisqu'elle avait "cent bras" aux dires de son amie Sévigné. Les lettres en étaient le moyen. Sa prudence les lui a fait détruire. Je suis bien aise, dit elle un jour à Lescheraine, de savoir que mes lettres à Madame Royale ne trament pas "sur la table", où les ministres pourraient les lire. "Je voudrais bien qu'elles fussent brûlées quand elles sont lues." Ses voeux ont été largement exaucés.

    Le texte
    Dans les originaux ou les copies, les dates sont placées tantôt en tête, tantôt en fin de lettre. Nous les avons toutes placées au début, en restituant l'année entre crochets droits. Quand il n'était pas dans l'en tête, nous n'avons pas cru devoir restituer le lieu d'origine. S'il. ne se déduit pas du contexte, nous l'avons indiqué en note.

    Les premières lettres de Mme de La Fayette publiées ont été celles (une partie de celles) qu'elle avait adressées à Mme de Sévigné et qui avaient été conservées à Grignan avec celles de la marquise à sa fille. Elles ont été données par Perrin, qui les a sans doute remaniées comme celles de la célèbre épistolière , dans un volume paru en 1751 sous le titre : Recueil de lettres choisies pour servir de suite aux lettres de Mme de Sévigné.

    Les lettres au chevalier Lescheraine et à la duchesse de Savoie ont été publiées en majeure partie en 1880 dans Curiosita e ricerche di storia subalpina par A. D. Perrero, qui les avait découvertes dans les archives d'État de la ville de Turin, dont il était le directeur.

    Les lettres à Ménage ont été longtemps conservées dans la collection Feuillet de Conches (aujourd'hui, hélas ! dispersée), en même temps que des copies anciennes de la plupart de ces lettres par Tarbé, collectionneur d'où venait le fonds. Quand elles existent, ces copies antérieures au passage des lettres dans la collection Feuillet de Conches ont le mérite d'authentifier les autographes correspondants et de lever la suspicion de faux pesant sur tout ce qui vient de ce collectionneur, qui était également un habile faussaire.

    Ne figuraient pas dans le fonds provenant de lui les copies par Tarbé des autographes numéros 8, 14, 63, 70, 126, 194 ; celles des textes dictés mais signés les numéros 188, 189 ; celles des textes dictés et non signés des numéros 191, 192, 193, 197,199, 201, 203, 207, 211, 214, 215, 216, et celle de l'apocryphe numéro 225. Ne sont au contraire connus que par la copie Tarbé les numéros, 1, 4, 34, 40, 45, 71, 120, 198, 208, 210, 213. La lettre 202 vient du même fonds, en copie moderne.

    Les lettres à Ménage ont été publiées pour la première fois par H. Ashton en 1924.

    Nous avons placé à leur date toutes les lettres qui pouvaient être datées avec une quasi certitude, et regroupé sous les numéros 127 et 217 deux séries de billets qu'il était impossible de dater plus précisément.

    Les lettres à Huet sont ordinairement conservées à Florence (bibliothèque Laurentienne, collection Ashburnam Libri). Les lettres 112, 113, 178 se trouvaient en autographes dans la collection Feuillet de Conches. Les autres cas sont indiqués à la lettre correspondante.

    Les aléas de la conservation des lettres à Mme de Sablé ont été étudiés et racontés par G. Mouligneau dans un article de la Revue d'histoire littéraire de la France : "Des pérégrinations d'un groupe de lettres de Mme de La Fayette" (1968).

    Les lettres à Huet, à Mme de Sablé et à divers correspondants d'occasion n'avaient, sauf exception de détail, pas été publiées avant l'édition de la Correspondance de Mme de La Fayette chez Gallimard, en 1942, d'après les travaux d'André Beaunier. C'est encore aujourd'hui la seule édition de référence.