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MARSEILLE (EN COLLABORATION AVEC JEAN CONTRUCCI)






Marseille vient de retrouver son passé. On voulait élever un complexe commercial derrière la Bourse. Il a fallu y ajouter un Musée d'histoire de la ville, avec une partie en plein air. On y voit le port grec et le mur assiégé par César. Depuis, on a beaucoup fouillé, beaucoup trouvé. Raconter les débuts de la plus ancienne ville de France, c'est mettre enfin à la portée de tous les innombrables découvertes des spécialistes pendant les trente dernières années.
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    Entre la Marseille des origines et la Marseille contemporaine, que de changements ! La minuscule colonie grecque devient à son tour métropole, puis une des villes de l'empire romain. Elle demeure un des fleurons de la culture antique au moment de l'invasion barbare. Elle travaille, sous les Capétiens, à redevenir une cité libre comme Gênes ou Venise.

     Pour les comtes angevins, qui doivent reconnaître par écrit ses libertés et franchises, elle devient l'indispensable point d'appui de la conquête, toujours recommencée, du royaume de Naples. Française en 1481, elle jouit d'un statut à part, "terre adjacente", qui se veut unie d'égale à égale au Royaume.

     Vingt-deux siècles après sa fondation, Marseille vit toujours sur les trois collines situées au nord de son plan d'eau, entourée de ses anciens remparts. Sous Louis XIV, elle se métamorphose. L'Europe admire la nouvelle ville et son incomparable Cours, et aussi ses "bastides" qui font, autour de la cité du commerce et des affaires, une seconde Marseille bâtie à la campagne.

     De grand port méditerranéen, dotée du monopole du commerce du Levant, elle se transforme au XVIIIème siècle en port mondial. Le premier Empire la ruine. Le second développe sa prospérité. Sorti de sa calanque primitive, le port commence une marche vers le sud, qui vient de s'achever à Fos.

     Pour relier le nouveau port à l'ancien, on trace une large voie haussmanienne, entouré de superbes maisons. On construit d'imposants monuments, ornements de la ville actuelle.

     Sur un terroir trois fois plus étendu que celui de la commune de Paris, Marseille s'étend le long d'une baie qui vaut bien celle de Naples, entre les collines pittoresques qui la ferment sur les trois autres côtés. Ouverte sur le monde par son port, Marseille est demeurée longtemps fermée même à son arrière-pays.

     "J'aime cette ville qui ne ressemble à nulle autre", écrit Mme de Sévigné, sensible à l'incomparable beauté de son site et à l'étrangeté romanesque de ses galères, de la mer, de son "air un peu scélérat ". Cette Marseille n'est plus, mais le site et la mer demeurent, et le mystère d'une ville admirable, mal aimée, contradictoire.

     De Marseille, on ne connaît d'ordinaire que la légende, celle qu'elle s'est très vite inventée, ou celle qu'ont répandue les Marseillais montés à Paris, ou celle qu'inventent ses détracteurs, que les habitants de la ville noircissent encore pour décourager ceux qui la racontent de venir s'installer chez eux.

    Voici enfin son histoire, la première à raconter comme elle le mérite la ville de ces cinquante dernières années. On y parle de l'OM, et aussi de ses théâtres dont les spectateurs sont annuellement plus nombreux que ceux du stade. On y cite Pagnol, les boules, le pastis. On y rappelle que Marseille, le plus grand port de France, est une ville où on travaille, et qu'elle vient tout de suite après Paris pour la recherche et l'innovation scientifique.