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HOMMAGE À ROGER DUCHÊNE - MIREILLE GÉRARD






Ce m'est un plaisir et un honneur d'avoir l'occasion de rendre hommage à Roger Duchêne car j'ai eu la chance, à mes débuts, de trouver devant moi un défricheur, un fonceur, et un animateur. L'ensemble de son oeuvre et les témoignages réunis sur le site Web 17 suffisent à prouver les multiples facettes de ses talents et son inlassable activité. Comme je renvoie à la rétrospective détaillée de sa biographie par Pierre Ronzeaud, je n'apporterai ici qu'une touche plus personnelle et plus particulière pour rappeler ma dette à son égard.

    Plus jeune que lui de dix ans, j'ai commencé à travailler en maîtrise sur Madame de Sévigné en 1962 en constatant comme lui qu'aucune thèse n'avait encore été publiée sur cet "auteur" (premier point de débat !) et que les éditions du texte n'étaient pas encore au point. Avec en commun le même maître, Monsieur Pintard, j'ai pu suivre l'avancement de ses travaux et mesurer l'efficacité de l'équipe qu'il formait avec sa femme Jacqueline Duchêne. Comme il était très favorable aussi à la promotion des jeunes talents, j'énumérerai ici quelques moments de collaboration avec lui qui sont autant de souvenirs forts et de raisons de lui exprimer ma gratitude.

    D'abord lectrice de sa thèse, puis spectatrice intéressée au premier colloque du CMR 17, tenu en 1971 à Marseille sur le XVIIe siècle et l'éducation, où le thème de la culture féminine était déjà présent, j'ai pu ensuite, présenter, à son invitation, lors du deuxième colloque de 1972 consacré à Madame de Sévigné. Molière et la médecine de son temps, une communication sur "Madame de Sévigné et les médecins". Ces colloques du CMR 17, qui se sont succédé plusieurs années sur des sujets très divers, ont toujours été une tribune favorable pour les jeunes chercheurs, une occasion de "mettre le pied à l'étrier", et aussi de rencontrer de manière fructueuse des chercheurs renommés. C'est une des formes de la générosité active de R. Duchêne que d'en avoir été le fondateur et le président. Il a contribué ainsi à faire des chercheurs dix-septièmistes une communauté amicale.

    La mise en route, dans la même décennie, de la monumentale édition de la Correspondance de Madame de Sévigné, aurait pu être un frein d'une certaine façon, car elle incitait aussi à en attendre la publication complète. Mais, il faut saluer, grâce au tandem qu'il formait avec Jacqueline Duchêne son épouse, la vitesse exceptionnelle avec laquelle a été menée à terme de 1972 à 1978 la mise au point de trois gros volumes de la Pléiade, même si quelques modifications de détail ont ensuite été nécessaires. Comme cette entreprise était aussi une exaltante et indispensable aventure, cela a été une joie pour moi d'avoir à la même époque retrouvé dix autographes des lettres à Moulceau et une chance d'avoir pu les communiquer à temps à Roger Duchêne pour le tome III de son édition.
    
    Grâce au travail de plus en plus solide qu'il devenait possible de faire sur ce corpus, le nombre des chercheurs sur Madame de Sévigné grandissait et les débats sur l'interprétation de ce vaste ensemble s'enrichissaient. Un autre grand moment, signe de cette effervescence nouvelle, est le colloque organisé au Collège de France le 26 novembre 1977 par Bernard Bray sur La lettre au XVIIe siècle (CF. RHLF, nov.-déc.1978) où nous fûmes plusieurs, dont Roger Duchêne bien sûr, à dialoguer avec une passion nouvelle. J'ai eu ainsi l'occasion, grâce à ce renouveau dont il était toujours le moteur, de pouvoir y mettre l'accent sur l'art de la conversation, thème qui a eu ensuite le succès que l'on sait.

    En 1996, toujours fidèle à lui-même, R. Duchêne ne pouvait laisser passer le tricentenaire de la mort de Mme de Sévigné sans être à nouveau l'animateur de plusieurs colloques. Là encore, je lui dois d'avoir pu prendre la parole au château de Grignan sur le "badinage chez Madame de Sévigné". Les actes de ce colloque, qui s'intitulent Madame de Sévigné (1626-1696) Provence, spectacles, "lanternes", sont diffusés, mais de manière un peu confidentielle, par le Château de Grignan. Je me permets de souligner ici leur existence dans l'oeuvre immense laissée par Roger Duchêne car il les a illustrés avec son goût bien connu pour les archives. Toutes sortes de raffinements avaient accompagné ce rassemblement de trois jours d'un grand nombre de personnes, depuis le choix des morceaux de musique jusqu'à celui des recettes (d'époque !) du souper grand siècle en passant par la lecture d'extraits de lettres par des comédiens. Là aussi ses talents d'organisateur avaient fait merveille.

    Comme on peut le voir par sa bibliographie, les curiosités de R. Duchêne se diversifièrent continûment et ses publications se succédèrent dans plusieurs domaines à un rythme soutenu. Sa capacité de travail est restée jusqu'au bout tout à fait étonnante.

    Enfin, je ne saurais terminer sans rendre hommage à l'efficacité, doublée constamment de modestie, de Jacqueline Duchêne, sa dévouée compagne. Nous la voyons encore à l'oeuvre dans ce premier anniversaire. Sa part dans cet impressionnant bilan est sans doute plus grande qu'elle ne veut bien le dire. A elle aussi, qui a tenu à mon témoignage, j'exprime mon admiration et ma très profonde gratitude.

    Mireille GÉRARD
    avril 2007