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LE XVIIE SIÈCLE LITTÉRAIRE : QUELQUES OBSERVATIONS - ROGER ZUBER






Lors de leur première publication (coll. "Que sais-je ?", n° 95, 1992), Roger Duchêne m'avait dit qu'il appréciait les pages d'où ces lignes sont tirées. Je suis heureux qu'elles participent à l'hommage qui lui est rendu. Roger Zuber

    De l'asianisme à l'atticisme, et de l'atticisme à l'alexandrinisme.
    Autrement dit : la littérature française du XVIIe siècle a évolué un peu comme la millénaire littérature grecque, mais à une vitesse décuplée. On est passé d'une littérature enflée, éprise de genres longs, à une littérature preste et rapide, favorisant les genres restreints, puis à une littérature éclatée, où alternent les brillants effets et les sombres éclipses.

    Finalement, le savoir (le commentaire, le dictionnaire) est rentré dans ce champ, dont on l'avait cru banni par les mondains. Finalement, le thème de l'homme universel n'est pas resté, bien avant que ne s'achève le règne du "grand Roi", l'unique sujet traité par les écrivains. Le sensible renouvellement des intérêts auquel procédera le XVIIe siècle était on ne peut mieux préparé. Et c'est par le retour à une littérature toute de fiction, et fortement centrée sur les émotions de l'âme que se caractérisera ce XIXe siècle dont on ne souligne pas toujours qu'il a créé la notion de "classicisme "et découpé, dans le XVIIe, une partie centrale et décrétée par ses soins beaucoup plus "littéraire" que les autres.

    Les moeurs étaient cérémonieuses, l'autorité forte, la religion catholique plus respectée et infiniment mieux admise qu'en aucun temps. Il est peut-être curieux de constater qu'une pareille époque a cependant favorisé la promotion du jugement personnel, critique au besoin, et la conscience d'une légitimité des plaisirs. Qui s'étonnerait de ce constat oublierait précisément que cette époque éprise de "naturel" - avait une littérature.

    En un mot, la littérature du XVIIe siècle a commencé, en France, le travail que s'appliqueront à poursuivre celles des siècles suivants : se conquérir un public de plus en plus large, de moins en moins encadré par des institutions, de plus en plus fait de lecteurs privés. De l' "honnête homme", encore un peu engoncé dans ses habitudes aristocratiques, aux "gens cultivés" du début du XXe siècle il existe une continuité qui s'explique par les choix opérés par les écrivains du milieu du XVIIe siècle. Fontenelle l'avait prédit : "Un bon esprit cultivé est, pour ainsi dire, composé de tous les esprits des siècles précédents".

    Roger ZUBER