Vendredi 27 février 2009

Grignan et la Provence au XVIIe siècle

    Jacqueline Duchêne avait beaucoup collaboré avec son mari, le regretté Professeur Roger Duchêne pour l'édition des lettres de la marquise de Sévigné, (Correspondance, la Pléiade, 3 vol. Gallimard, dernière édition 2005) mais elle compte aujourd'hui une oeuvre personnelle considérable.

    Elle nous offre aujourd'hui une nouvelle biographie de grande qualité, celle de François de Grignan, de fait gouverneur de la Provence pendant un demi-siècle et beau-fils de la marquise de Sévigné. Grignan apparaît désormais en pleine lumière, dans une analyse fine de son caractère et le déroulement détaillé d'une vie consacrée aux devoirs de sa charge, au service du roi et de la Provence.
    Lorsque le comte François de Grignan est nommé par Louis XIV lieutenant général pour le gouvernement de la Provence, le 29 novembre 1669, il est marié en troisièmes noces, depuis le début de l'année avec Françoise-Marguerite de Sévigné, la délicieuse fille de la Marquise. Il emmène avec lui sa jeune épouse en Provence, au château de Grignan et pendant plus de quarante ans, il va se partager entre ses devoirs d'époux et de père et sa tache administrative.
    La charge était lourde. Obligé de batailler pour faire voter chaque année les impôts par une assemblée des communautés de Provence souvent récalcitrante, de réprimer l'activité des protestants et de les contraindre par la force à respecter l'Edit de Fontainebleau qui a supprimé l'Edit de Nantes. Il doit veiller à contenir des voisins prêts à envahir le pays. Grignan au service de Louis XIV a payé de sa personne et grandement de sa bourse déjà fort écornée par les dettes héritées de son père, ses obligations financières d'aîné envers ses frères et soeurs, le remboursement des dots de ses deux premières femmes. Le mariage de son fils Louis-Provence avec la fille d'un riche financier, suivie de la mort prématurée de ce fils unique, n'empêchera pas la ruine totale de son illustre famille.
    Grignan survécut à sa femme morte en 1705 et à sa belle-mère morte en 1694 dans son château de Grignan. Il avait réussi à conserver avec la marquise, guère plus âgée que lui, la connivence de leur jeunesse à la cour et une vive admiration pour son esprit et son talent épistolaire. A son tour il meurt le 31 décembre 1714, au relais de Saint-Pons près du pont sur l'Arc où il avait fait halte, avant de rentrer à Marseille. Il avait 82 ans. Un personnage attachant, témoin des qualités et des convictions de la grande noblesse de son temps, au coeur du pays provençal.

    Jean CHÉLINI

    François de Grignan, de Jacqueline Duchêne, Jeanne Laffite, 184 pages, 22 .

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